La cochenille est le ravageur le plus tenace des plantes d'intérieur, des vérandas, des agrumes en pot et de nombreux arbustes du jardin. Fixée sur les tiges et le revers des feuilles, elle pompe la sève, affaiblit la plante, rejette un miellat collant sur lequel se développe la fumagine, et se protège sous une cire ou une coque qui repousse la plupart des traitements.
Le principal motif d'échec tient à un malentendu : on parle « des cochenilles » comme d'un seul ravageur, alors qu'il en existe trois grandes familles qui ne se traitent pas de la même façon. Un savon noir vient à bout d'une cochenille farineuse, mais glisse sur la carapace d'une cochenille adulte de l'olivier. Une huile de paraffine appliquée en hiver asphyxie les cochenilles à bouclier d'un pommier, mais brûlerait une orchidée.
Cette fiche donne les clés pour identifier la famille en cause, comprendre son cycle et repérer le moment où elle est vulnérable, choisir le traitement adapté (manuel, naturel, homologué ou biologique), traiter les cas particuliers comme les cochenilles des racines, et prévenir le retour des infestations.
Fiche ravageur
| Fiche ravageur | |
|---|---|
| Nom courant | Cochenille |
| Autres noms | Cochenille farineuse, cochenille à carapace (lécanine), cochenille à bouclier (diaspine), pou de San José, cochenille virgule |
| Classification | Insectes hémiptères, super-famille des Coccoidea ; environ 400 espèces en France |
| Taille | 0,5 à 10 mm pour les femelles |
| Période d'activité | Toute l'année en intérieur ; avril à octobre en extérieur, larves mobiles surtout de mai à août |
| Conditions favorables | Chaleur, air sec et confiné, excès d'engrais azoté, plantes stressées |
| Au jardin | |
|---|---|
| Plantes les plus touchées | Agrumes, olivier, laurier-rose, orchidées, ficus, cactus et succulentes, palmiers, hortensia, fruitiers |
| Parties touchées | Revers des feuilles, nervures, tiges, aisselles, écorce, fruits, racines |
| Signes | Amas cotonneux blancs, coques brunes, feuilles collantes, fumagine noire, fourmis, jaunissement |
| Moment de l'attaque | Continu en intérieur ; essaimage des larves au printemps et en été dehors |
| Méthodes prioritaires | Nettoyage manuel, savon noir sur larves, huile en hiver sur ligneux, auxiliaires, contrôle des fourmis |
Qu'est-ce qu'une cochenille ?
La cochenille est un insecte piqueur-suceur, cousin du puceron. Elle n'a presque plus l'allure d'un insecte : la femelle adulte, sans ailes et souvent sans pattes fonctionnelles, se fixe sur la plante et s'entoure de sécrétions protectrices — cire poudreuse, filaments cotonneux, coque bombée ou bouclier plat. Elle enfonce ses stylets dans les tissus et aspire la sève en continu.
Les deux sexes sont très différents. Les femelles (0,5 à 10 mm) causent tous les dégâts et vivent de quelques semaines à plus d'un an. Les mâles, minuscules (environ 0,5 mm) et ailés, ressemblent à de petits moucherons, ne se nourrissent pas et ne vivent qu'un à deux jours, le temps de féconder les femelles. Plusieurs espèces se reproduisent même sans mâle.
Chaque femelle pond de 15 à 2 000 œufs selon l'espèce, sous son corps, sous sa coque ou dans un sac cireux. Les larves de premier stade, longues de 0,3 à 0,5 mm, sont mobiles : elles se dispersent sur la plante, sont emportées par le vent ou transportées par les fourmis, puis se fixent. C'est le seul stade vraiment vulnérable de la plupart des espèces, car il n'est pas encore protégé par la cire ou la coque.
Les trois familles de cochenilles : identifier pour bien traiter
| Famille | Exemples | Aspect | Mobilité adulte | Miellat | Traitement prioritaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Cochenilles farineuses (Pseudococcidae) | Cochenille farineuse des agrumes (Planococcus citri), cochenille à longs filaments (Pseudococcus longispinus) | Corps mou ovale de 2 à 5 mm, couvert de cire blanche poudreuse, filaments latéraux, amas cotonneux | Mobile toute sa vie | Oui, abondant | Coton-tige alcoolisé, savon noir, coccinelle Cryptolaemus |
| Cochenilles à carapace (Coccidae, lécanines) | Cochenille noire de l'olivier (Saissetia oleae), lécanine du cornouiller, pulvinaire de l'hortensia | Coque bombée brune à noire de 2 à 6 mm, soudée au corps ; certaines avec un sac cotonneux blanc (pulvinaires) | Fixée | Oui, abondant | Grattage, savon noir sur larves, huile, parasitoïdes Metaphycus |
| Cochenilles à bouclier (Diaspididae, diaspines) | Pou de San José, cochenille virgule du pommier, cochenille du laurier-rose, pou rouge de Californie | Bouclier plat de 1 à 3 mm, détachable, gris, blanc ou brun ; forme ronde ou en virgule | Fixée, sans pattes | Non | Huile de paraffine en hiver, brossage, savon noir sur larves |
Trois familles secondaires complètent le tableau :
- La cochenille australienne (Icerya purchasi) : corps rouge brique et gros sac d'œufs blanc cannelé de 1 cm, sur agrumes, mimosas, pittosporums et lauriers-roses du Midi.
- Les cochenilles des racines (Rhizoecus) : invisibles sur le feuillage, elles forment des dépôts cireux blancs sur les racines des plantes en pot.
- La cochenille du pin maritime (Matsucoccus feytaudi), à l'origine d'un dépérissement massif des pinèdes en Provence et en Corse.
Les reconnaître en un coup d'œil
- Coton blanc qui se déplace ou laisse des larves jaunâtres : cochenille farineuse. Dossier complet : cochenille farineuse.
- Petites tortues brunes bombées, collées sur les tiges, avec du miellat : cochenille à carapace. Dossier complet : cochenille à carapace.
- Écailles plates qui se soulèvent à l'ongle, sans miellat, avec taches jaunes ou rouges sur les feuilles et les fruits : cochenille à bouclier.
Le test le plus simple : gratter avec l'ongle. Une farineuse s'écrase en jus clair et laisse de la cire blanche. Une lécanine se décolle d'un bloc, avec son corps dessous. Un bouclier de diaspine se soulève comme un couvercle et laisse l'insecte, minuscule et jaune, collé à l'écorce.
Ne pas confondre avec
| Ressemblance | Comment trancher |
|---|---|
| Pucerons laineux du pommier | Colonies sur les plaies de taille et les bourrelets, cire très abondante, présence de pucerons ailés |
| Aleurodes (mouches blanches) | S'envolent en nuage quand on secoue la plante |
| Œufs d'araignée ou de chrysope | Œufs isolés ou au bout d'un pédicelle, pas de miellat |
| Moisissure blanche (oïdium) | Poudre qui s'essuie sans relief, aucun insecte dessous |
| Lenticelles de l'écorce | Font partie de l'écorce, ne se décollent pas |
Les dégâts des cochenilles
Les cochenilles affaiblissent la plante par trois mécanismes :
- Le prélèvement de sève : jaunissement, croissance ralentie, chute des feuilles, boutons qui avortent, rameaux qui sèchent. Les plantes en pot et les jeunes sujets souffrent davantage que les arbres installés.
- La salive toxique de certaines espèces, surtout les diaspines : taches jaunes, rouges ou noires sur les feuilles et les fruits, déformations des jeunes pousses.
- Le miellat et la fumagine : pour obtenir assez d'acides aminés, les farineuses et les lécanines aspirent beaucoup de sève et rejettent l'excès de sucre. Ce miellat rend les feuilles collantes, attire les fourmis et nourrit un champignon noir, la fumagine, qui forme une croûte de suie et réduit la photosynthèse.
La fumagine n'attaque pas la plante directement : elle disparaît quand on supprime les cochenilles et qu'on lave les feuilles à l'eau savonneuse tiède. Les cochenilles tuent rarement une plante adulte vigoureuse, mais elles peuvent achever une plante en pot déjà stressée ou une jeune plantation.
Pourquoi des cochenilles sur mes plantes ?
Les infestations ont presque toujours une cause identifiable :
- Une plante achetée déjà porteuse : c'est la première voie d'entrée en intérieur. Quelques larves invisibles suffisent.
- Un air chaud et sec : radiateurs, vérandas mal aérées, pièces à moins de 40 % d'humidité.
- Un excès d'azote : engrais trop riche ou trop fréquent, qui produit des pousses tendres et une sève riche.
- Une plante stressée : pot trop petit, terreau épuisé, arrosage irrégulier, manque de lumière en hiver.
- Les fourmis : elles protègent les cochenilles contre leurs prédateurs en échange du miellat et transportent les larves d'une branche à l'autre.
- L'absence de prédateurs : traitements insecticides larges qui ont éliminé coccinelles et micro-guêpes, alors que les cochenilles, protégées par leur cire, y survivent.
Le cycle et le bon moment pour traiter
En intérieur, en serre et en véranda, les générations se succèdent sans interruption : 3 à 6 par an chez les farineuses. Il faut alors traiter par séries rapprochées pour atteindre chaque nouvelle vague de larves.
À l'extérieur, la plupart des espèces font 1 à 3 générations par an selon le climat : une seule dans le Nord, jusqu'à trois ou quatre dans le Sud et en Corse. Les femelles et les œufs passent l'hiver protégés sous la cire ou la coque ; les larves éclosent et se dispersent à la fin du printemps.
| Cochenille (extérieur) | Hivernage | Sortie des larves mobiles | Générations |
|---|---|---|---|
| Cochenille noire de l'olivier | Larves sur les feuilles | Juin à août | 1 (2 dans le Sud) |
| Pou de San José | Jeunes larves sous bouclier | Mai-juin, puis août | 2 |
| Cochenille virgule du pommier | Œufs sous le bouclier | Fin mai à juin | 1 |
| Lécanine du cornouiller (vigne, fruitiers) | Larves sur les rameaux | Juin-juillet | 1 |
| Pulvinaire de l'hortensia | Larves sur les rameaux | Juin-juillet | 1 |
| Cochenille du laurier-rose | Femelles | Printemps et fin d'été | 2 à 3 |
| Cochenille australienne | Tous stades | Printemps à automne | 2 à 3 |
L'astuce du ruban adhésif : pour savoir quand les larves sortent, enrouler un morceau de ruban adhésif double face autour d'un rameau infesté et l'examiner à la loupe tous les 2 à 3 jours à partir de mai. Les premières larves jaunes ou orangées collées au ruban donnent le signal : c'est le moment de traiter au savon noir ou à l'huile, et de répéter 10 à 15 jours plus tard.
Comment se débarrasser des cochenilles : la méthode en 5 étapes
- Isoler la plante atteinte, ou au moins l'écarter des autres plantes d'intérieur, pour éviter la dispersion des larves.
- Tailler les rameaux les plus infestés et les jeter avec les ordures ménagères, pas au compost.
- Nettoyer à la main : coton-tige ou coton imbibé d'alcool pour les farineuses, brosse à dents souple ou éponge savonneuse pour les carapaces et les boucliers. Inspecter l'aisselle des feuilles, le revers, le collet, le dessous et le bord du pot.
- Traiter les survivants et les larves au savon noir, puis répéter 3 à 4 fois à 7 à 10 jours d'intervalle en intérieur, à 10 à 15 jours dehors.
- Contrôler pendant 6 à 8 semaines : une nouvelle génération peut sortir des œufs cachés et repartir de zéro.
Le traitement ponctuel unique est la cause n°1 des récidives : il tue les adultes visibles mais pas les œufs, qui éclosent dans les jours suivants.
Traitements naturels et remèdes de grand-mère : le banc d'essai
Le détail des dosages et des modes d'application figure dans la fiche savon noir contre les cochenilles.
| Remède | Efficacité | Pourquoi | Verdict |
|---|---|---|---|
| Coton-tige à l'alcool (70 à 90°) | Forte sur farineuses | Dissout la cire et tue par contact | Le meilleur geste sur petites infestations |
| Savon noir dilué | Forte sur larves et farineuses, faible sur adultes à coque | Dessèche et asphyxie les insectes à corps mou ; nettoie le miellat | Le traitement de base, à répéter |
| Savon noir + alcool | Forte | L'alcool aide le savon à traverser la cire | Bonne formule pour farineuses |
| Huile de colza émulsionnée | Bonne | Asphyxie, pénètre mieux sous la cire | Efficace, attention au soleil |
| Brossage, éponge | Forte sur carapaces et boucliers | Décolle les insectes fixés | Indispensable avant tout produit |
| Douche ou jet d'eau | Moyenne | Décroche les larves et rince le miellat | Bon complément pour les plantes robustes |
| Purin d'ortie, macération d'ail | Faible | Effet répulsif modeste | Pas un traitement curatif |
| Liquide vaisselle | Moyenne, risquée | Agit comme un savon, mais contient dégraissants, parfums et colorants qui brûlent le feuillage | Préférer le savon noir |
| Vinaigre blanc | Faible, phytotoxique | Acidité qui brûle les feuilles avant de tuer les cochenilles protégées | À éviter |
| Bicarbonate de soude | Nulle | Fongicide léger, sans action sur les insectes | Inutile |
| Huiles essentielles pures | Variable, risquée | Phytotoxiques sur feuilles tendres, efficacité non démontrée | Seulement très diluées, en complément |
| Lustrant pour plantes vertes | Moyenne | Asphyxie par film gras, mais n'est pas un insecticide homologué et bouche les stomates | Ne pas utiliser comme traitement |
Le savon noir : dosage et bonnes pratiques
- Produit : savon noir liquide pur, à base d'huile de lin ou d'olive, sans additifs ni parfum.
- Dosage : 20 à 30 ml par litre d'eau tiède pour les plantes à feuillage tendre (orchidées, fougères, plantes d'intérieur), jusqu'à 50 ml par litre pour les arbustes à feuillage coriace (agrumes, olivier, laurier-rose). Ajouter 10 ml d'alcool à 70 ou 90° par litre pour mieux attaquer la cire des farineuses.
- Application : pulvériser en mouillant bien le revers des feuilles, les aisselles et les tiges, le soir ou à l'ombre, jamais en plein soleil ni au-dessus de 25 °C.
- Rinçage : rincer à l'eau claire 24 à 48 heures plus tard sur les plantes sensibles, pour éviter les taches et l'obstruction des stomates.
- Test préalable : essayer sur une feuille et attendre 24 heures avant de traiter toute une plante fragile (fougères, plantes à feuilles duveteuses, succulentes).
- Répétition : 3 à 4 passages espacés de 7 à 10 jours.
Sur les cochenilles à carapace adultes, le savon noir ne traverse pas la coque. Il faut gratter ou brosser d'abord, puis réserver la pulvérisation au moment de la sortie des larves.
Traitements homologués autorisés au jardin
Depuis 2019, les jardiniers amateurs ne peuvent utiliser que des produits de biocontrôle, à faible risque ou autorisés en agriculture biologique, signalés par la mention « Emploi autorisé au jardin » (EAJ). Contre les cochenilles, cela laisse trois familles de substances.
- Huile de paraffine (huile blanche) : asphyxie les cochenilles fixées, leurs œufs et les larves hivernantes. En traitement d'hiver sur les arbres et arbustes à feuilles caduques (fruitiers, vigne, rosiers), en repos végétatif, par temps sec, hors gel et au-dessus de 5 °C. Sur les persistants (agrumes, olivier, laurier-rose), seulement à la dose et à la période indiquées sur l'étiquette, jamais en plein soleil.
- Huile de colza : même action asphyxiante, utilisable en saison sur un plus grand nombre de plantes, y compris en intérieur.
- Savon potassique (acides gras) : forme homologuée du savon noir, sur les cochenilles à corps mou et les larves.
Quelques règles communes : ne jamais traiter une plante en plein soleil ou au-dessus de 25 °C ; ne pas traiter pendant la floraison des plantes mellifères visitées par les abeilles ; respecter le délai avant récolte sur les fruitiers et les agrumes ; vérifier sur le site e-phy de l'Anses que le produit est autorisé pour l'usage prévu. Les insecticides à large spectre sont déconseillés : ils tuent les prédateurs des cochenilles bien plus que les cochenilles elles-mêmes, protégées par leur cire.
La lutte biologique : auxiliaires et prédateurs
Les auxiliaires à lâcher
En véranda, en serre et en intérieur, les auxiliaires vendus en boîte sont la solution la plus durable. Chaque espèce cible une famille précise : il faut donc identifier la cochenille avant de commander.
| Auxiliaire | Type | Cible | Conditions |
|---|---|---|---|
| Cryptolaemus montrouzieri | Coccinelle | Cochenilles farineuses, pulvinaires | Au-dessus de 16 °C, optimum 25 à 28 °C ; sa larve cotonneuse ressemble à une cochenille, à ne pas éliminer |
| Leptomastix dactylopii | Micro-guêpe parasitoïde | Cochenille farineuse des agrumes (Planococcus citri) | Véranda, serre, intérieur chauffé |
| Anagyrus spp. | Micro-guêpe parasitoïde | Cochenilles farineuses à longs filaments | Véranda, serre |
| Metaphycus spp. | Micro-guêpe parasitoïde | Cochenilles à carapace (olivier, laurier-rose, agrumes) | Extérieur doux, véranda |
| Aphytis melinus | Micro-guêpe parasitoïde | Cochenilles à bouclier | Extérieur au printemps et en été |
| Chilocorus nigritus | Coccinelle | Cochenilles à bouclier et à carapace | Au-dessus de 20 °C |
| Rodolia cardinalis | Coccinelle | Cochenille australienne | Sud de la France, véranda |
Une larve de Cryptolaemus dévore jusqu'à une trentaine de cochenilles par jour à son dernier stade. Les parasitoïdes, eux, pondent dans la cochenille, qui devient une momie percée d'un petit trou de sortie : ces coques trouées sont le signe que la lutte fonctionne.
Les lâchers se font le soir, au plus près des foyers, en 2 à 3 apports espacés de 1 à 2 semaines. Aucun traitement, même au savon noir, ne doit être fait dans les 2 semaines qui précèdent et suivent un lâcher.
Les prédateurs naturels du jardin
À l'extérieur, de nombreux auxiliaires indigènes régulent les cochenilles : petites coccinelles noires à points rouges (Exochomus quadripustulatus, Chilocorus renipustulatus), larves de chrysopes, perce-oreilles, punaises prédatrices, micro-guêpes parasitoïdes, et mésanges qui décortiquent les rameaux en hiver.
Pour les favoriser : haies champêtres et diversifiées, plantes à floraison étalée (achillée, fenouil, carotte sauvage, lierre), bandes fleuries fauchées tardivement, nichoirs à mésanges, tiges creuses et abris à insectes, et surtout aucun insecticide à large spectre.
Couper la route aux fourmis
Les fourmis élèvent littéralement les cochenilles : elles récoltent leur miellat, chassent coccinelles et parasitoïdes, et transportent les larves sur les rameaux sains. Sur un arbre ou un arbuste en pot, une bande de glu arboricole posée autour du tronc, sur un manchon de protection, bloque leur montée. Les prédateurs reprennent alors le dessus en quelques semaines. Sur les plantes en pot, il suffit souvent de poser le pot sur une soucoupe remplie d'eau, en isolant le fond sur des cales.
Cochenilles des plantes d'intérieur
En intérieur, les cochenilles n'ont ni hiver ni prédateurs : les générations se succèdent toute l'année. Les plantes les plus touchées sont les orchidées (voir cochenille de l'orchidée), les ficus, les cactus et succulentes, les palmiers, les crotons, les schefflera, les hoyas et les agrumes hivernés.
Les gestes qui comptent :
- Mettre en quarantaine toute nouvelle plante pendant 3 semaines, à l'écart des autres, en l'inspectant chaque semaine.
- Inspecter à chaque arrosage le revers des feuilles, les aisselles, la base des tiges et le dessous du pot.
- Doucher la plante tous les mois en saison sèche : l'eau tiède décroche les larves et rince le miellat.
- Humidifier l'air en hiver, à 50 % d'humidité si possible, avec un humidificateur ou des soucoupes de billes d'argile humides.
- Sortir la plante l'été quand c'est possible, à mi-ombre : la pluie et les auxiliaires font souvent mieux que les traitements. Habituer la plante progressivement à la lumière extérieure pour éviter les brûlures.
Cas particulier : les cochenilles des racines
Une plante en pot qui jaunit, flétrit malgré un arrosage correct et ne montre aucun insecte sur le feuillage peut être attaquée sous terre. En dépotant, on observe des dépôts cireux blancs, comme de la farine, sur les racines et contre la paroi du pot. Ce cas touche surtout les cactus, succulentes, palmiers et plantes d'intérieur.
Traitement : dépoter, éliminer tout le terreau, rincer les racines à l'eau tiède en supprimant les parties abîmées, laver le pot à l'eau savonneuse (ou le changer), puis rempoter dans un terreau neuf. Pour les infestations légères, tremper la motte 20 à 30 minutes dans un seau d'eau tiède savonneuse (20 ml de savon noir par litre) avant de rincer et de rempoter. Surveiller pendant 2 mois.
Cochenilles au jardin : les plantes les plus touchées
| Plante | Cochenilles principales | Particularité |
|---|---|---|
| Citronnier, agrumes | Farineuse des agrumes, cochenille à carapace, pou rouge, australienne | Hivernage en intérieur propice aux pullulations — cochenille du citronnier |
| Olivier | Cochenille noire de l'olivier | Une génération, larves de juin à août, fumagine abondante — cochenille de l'olivier |
| Laurier-rose | Cochenille du laurier-rose (bouclier), cochenille noire | Taches jaunes sur les feuilles — cochenille du laurier-rose |
| Hortensia | Pulvinaire de l'hortensia | Sacs cotonneux blancs sous les feuilles en juin |
| Pommier, poirier, prunier | Pou de San José, cochenille virgule | Huile de paraffine en hiver, brossage de l'écorce |
| Vigne | Lécanines, cochenille floconneuse | Huile en hiver, brossage des ceps |
| Figuier | Cochenille du figuier | Coques sur les jeunes rameaux, miellat sur les fruits |
| Ficus, palmiers | Farineuses, cochenilles à carapace | Foyers à l'aisselle des feuilles |
| Cactus, succulentes | Farineuses, cochenilles des racines | Alcool au coton-tige, contrôle des racines |
Sur les grands arbres (tilleul, érable, platane, marronnier), une infestation installée ne se traite pas de façon réaliste. Le miellat qui tombe sur les voitures et les terrasses est désagréable, mais l'arbre tolère généralement la cochenille ; les prédateurs naturels finissent par réguler la population.
Prévenir le retour des cochenilles
- Inspecter avant d'acheter : retourner les feuilles, regarder les aisselles et le dessous du pot en jardinerie.
- Fertiliser avec mesure : éviter les engrais riches en azote ; préférer un engrais équilibré à demi-dose pour les plantes d'intérieur.
- Aérer : espacer les plantes, tailler les branches qui se croisent, aérer la véranda dès qu'il fait doux.
- Maintenir une humidité suffisante en hiver pour les plantes d'intérieur.
- Rempoter dès que le pot devient trop petit et renouveler le terreau de surface chaque printemps.
- Brosser l'écorce des fruitiers et de la vigne en hiver et appliquer une huile de paraffine sur les sujets régulièrement atteints.
- Garder des auxiliaires : pas d'insecticide à large spectre, des fleurs et des abris pour coccinelles, chrysopes et mésanges.
Calendrier anti-cochenilles
| Période | Extérieur | Intérieur et véranda |
|---|---|---|
| Décembre – février | Brossage des écorces, huile de paraffine sur ligneux caducs en repos | Humidifier l'air, inspecter chaque semaine, nettoyer les foyers |
| Mars – avril | Contrôle des agrumes avant leur sortie, pose de glu contre les fourmis | Douche, rempotage, premiers lâchers d'auxiliaires si plus de 18 °C |
| Mai – juin | Ruban adhésif pour détecter les larves, savon noir à la sortie des larves | Sortie des plantes à mi-ombre, traitements en séries |
| Juillet – août | Second passage sur larves (olivier, pou de San José), lâcher de parasitoïdes | Surveillance, douches régulières |
| Septembre – octobre | Inspection et nettoyage des agrumes et plantes en pot avant de les rentrer | Quarantaine des plantes rentrées 2 à 3 semaines |
| Novembre | Taille et élimination des rameaux très infestés | Inspection des aisselles et du collet |
Questions fréquentes sur les cochenilles
Comment se débarrasser définitivement des cochenilles ?
En combinant nettoyage manuel, traitements répétés 3 à 4 fois à 7 à 15 jours d'intervalle et prévention. Un seul passage ne suffit jamais : les œufs cachés éclosent après le traitement. En intérieur, l'humidité de l'air, la quarantaine des nouvelles plantes et la modération de l'engrais azoté évitent les récidives.
Quel est le meilleur traitement naturel contre les cochenilles ?
Pour les cochenilles farineuses, le coton-tige imbibé d'alcool suivi de pulvérisations de savon noir. Pour les cochenilles à carapace et à bouclier, le brossage puis une huile de paraffine ou de colza, et le savon noir au moment de la sortie des larves. En véranda, les auxiliaires comme Cryptolaemus montrouzieri donnent les résultats les plus durables.
Quel dosage de savon noir contre les cochenilles ?
20 à 30 ml de savon noir liquide pur par litre d'eau tiède pour les plantes fragiles, jusqu'à 50 ml pour les arbustes à feuilles coriaces, avec éventuellement 10 ml d'alcool. Pulvériser le soir, rincer 24 à 48 heures plus tard sur les plantes sensibles et répéter tous les 7 à 10 jours.
Le vinaigre blanc tue-t-il les cochenilles ?
Il en tue quelques-unes, mais il brûle les feuilles avant d'atteindre les cochenilles protégées par leur cire ou leur coque. Le savon noir et l'alcool sont plus efficaces et beaucoup moins agressifs pour la plante.
La cochenille farineuse est-elle dangereuse pour l'homme ?
Non. Les cochenilles ne piquent pas l'homme, ne mordent pas et ne transmettent pas de maladie humaine. Elles ne s'installent que sur les plantes et ne survivent pas dans une maison sans végétaux.
Comment savoir si une cochenille est morte ?
Une cochenille morte est sèche, terne, se détache sans résistance et s'effrite quand on l'écrase. Une cochenille vivante est gonflée et libère un liquide jaune, orangé ou rougeâtre. Une coque percée d'un petit trou rond signale une cochenille parasitée par une micro-guêpe. L'absence de nouveau miellat et de nouvelles larves pendant 6 semaines confirme la fin de l'infestation.
Pourquoi y a-t-il des fourmis avec les cochenilles ?
Les fourmis récoltent le miellat sucré des cochenilles. En échange, elles les protègent contre les coccinelles et les parasitoïdes et transportent leurs larves sur d'autres rameaux. Bloquer les fourmis avec une bande de glu sur le tronc aide les prédateurs à reprendre le contrôle.
À quoi ressemblent les œufs de cochenille ?
Ce sont de minuscules grains jaunes, orangés ou rosés, de moins de 0,5 mm, cachés sous le corps de la femelle, sous sa coque ou dans un sac de cire blanche cotonneuse. Ils ne sont visibles qu'à la loupe, d'où l'importance de répéter les traitements.
Les cochenilles peuvent-elles tuer une plante ?
Rarement une plante adulte et vigoureuse, mais elles peuvent achever une plante en pot stressée, une jeune plantation ou un rameau très infesté. Les cochenilles des racines et les fortes infestations de cochenilles à bouclier sont les plus dangereuses.
Qu'est-ce qui attire les cochenilles ?
Un air chaud et sec, un excès d'engrais azoté, une plante affaiblie par un pot trop petit ou un mauvais arrosage, et la présence de fourmis. La plupart des infestations en intérieur viennent d'une plante achetée déjà porteuse.
Faut-il jeter une plante infestée de cochenilles ?
Pas forcément. Une plante dont la tige principale est saine se récupère par une taille sévère des parties atteintes, un nettoyage complet et des traitements répétés. On ne jette que les petites plantes envahies au cœur ou au niveau des racines, plus difficiles à sauver que la plante ne vaut.
Comment enlever la fumagine après des cochenilles ?
Une fois les cochenilles éliminées, laver les feuilles avec une éponge douce et de l'eau tiède additionnée de savon noir (20 ml par litre), puis rincer. Sur les arbres, la pluie et le temps suffisent si les cochenilles ne produisent plus de miellat.