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Cochenille : reconnaître les familles, traiter efficacement et prévenir les infestations

Un dépôt collant sur la table sous le ficus, des amas blancs à l'aisselle des feuilles, des petites coques brunes alignées sur un rameau d'olivier : trois signes, trois familles de cochenilles, et trois façons de les traiter. Pulvériser au hasard ne marche pas ; viser la bonne famille au bon stade, si.

Mis à jour le 1 octobre 2026 21 min de lecture Sévérité : Moyen
Cochenille : reconnaître les familles, traiter efficacement et prévenir les infestations

La cochenille est le ravageur le plus tenace des plantes d'intérieur, des vérandas, des agrumes en pot et de nombreux arbustes du jardin. Fixée sur les tiges et le revers des feuilles, elle pompe la sève, affaiblit la plante, rejette un miellat collant sur lequel se développe la fumagine, et se protège sous une cire ou une coque qui repousse la plupart des traitements.

Le principal motif d'échec tient à un malentendu : on parle « des cochenilles » comme d'un seul ravageur, alors qu'il en existe trois grandes familles qui ne se traitent pas de la même façon. Un savon noir vient à bout d'une cochenille farineuse, mais glisse sur la carapace d'une cochenille adulte de l'olivier. Une huile de paraffine appliquée en hiver asphyxie les cochenilles à bouclier d'un pommier, mais brûlerait une orchidée.

Cette fiche donne les clés pour identifier la famille en cause, comprendre son cycle et repérer le moment où elle est vulnérable, choisir le traitement adapté (manuel, naturel, homologué ou biologique), traiter les cas particuliers comme les cochenilles des racines, et prévenir le retour des infestations.

Fiche ravageur

Fiche ravageur
Nom courantCochenille
Autres nomsCochenille farineuse, cochenille à carapace (lécanine), cochenille à bouclier (diaspine), pou de San José, cochenille virgule
ClassificationInsectes hémiptères, super-famille des Coccoidea ; environ 400 espèces en France
Taille0,5 à 10 mm pour les femelles
Période d'activitéToute l'année en intérieur ; avril à octobre en extérieur, larves mobiles surtout de mai à août
Conditions favorablesChaleur, air sec et confiné, excès d'engrais azoté, plantes stressées
Au jardin
Plantes les plus touchéesAgrumes, olivier, laurier-rose, orchidées, ficus, cactus et succulentes, palmiers, hortensia, fruitiers
Parties touchéesRevers des feuilles, nervures, tiges, aisselles, écorce, fruits, racines
SignesAmas cotonneux blancs, coques brunes, feuilles collantes, fumagine noire, fourmis, jaunissement
Moment de l'attaqueContinu en intérieur ; essaimage des larves au printemps et en été dehors
Méthodes prioritairesNettoyage manuel, savon noir sur larves, huile en hiver sur ligneux, auxiliaires, contrôle des fourmis

Qu'est-ce qu'une cochenille ?

La cochenille est un insecte piqueur-suceur, cousin du puceron. Elle n'a presque plus l'allure d'un insecte : la femelle adulte, sans ailes et souvent sans pattes fonctionnelles, se fixe sur la plante et s'entoure de sécrétions protectrices — cire poudreuse, filaments cotonneux, coque bombée ou bouclier plat. Elle enfonce ses stylets dans les tissus et aspire la sève en continu.

Les deux sexes sont très différents. Les femelles (0,5 à 10 mm) causent tous les dégâts et vivent de quelques semaines à plus d'un an. Les mâles, minuscules (environ 0,5 mm) et ailés, ressemblent à de petits moucherons, ne se nourrissent pas et ne vivent qu'un à deux jours, le temps de féconder les femelles. Plusieurs espèces se reproduisent même sans mâle.

Chaque femelle pond de 15 à 2 000 œufs selon l'espèce, sous son corps, sous sa coque ou dans un sac cireux. Les larves de premier stade, longues de 0,3 à 0,5 mm, sont mobiles : elles se dispersent sur la plante, sont emportées par le vent ou transportées par les fourmis, puis se fixent. C'est le seul stade vraiment vulnérable de la plupart des espèces, car il n'est pas encore protégé par la cire ou la coque.

Les trois familles de cochenilles : identifier pour bien traiter

FamilleExemplesAspectMobilité adulteMiellatTraitement prioritaire
Cochenilles farineuses (Pseudococcidae)Cochenille farineuse des agrumes (Planococcus citri), cochenille à longs filaments (Pseudococcus longispinus)Corps mou ovale de 2 à 5 mm, couvert de cire blanche poudreuse, filaments latéraux, amas cotonneuxMobile toute sa vieOui, abondantCoton-tige alcoolisé, savon noir, coccinelle Cryptolaemus
Cochenilles à carapace (Coccidae, lécanines)Cochenille noire de l'olivier (Saissetia oleae), lécanine du cornouiller, pulvinaire de l'hortensiaCoque bombée brune à noire de 2 à 6 mm, soudée au corps ; certaines avec un sac cotonneux blanc (pulvinaires)FixéeOui, abondantGrattage, savon noir sur larves, huile, parasitoïdes Metaphycus
Cochenilles à bouclier (Diaspididae, diaspines)Pou de San José, cochenille virgule du pommier, cochenille du laurier-rose, pou rouge de CalifornieBouclier plat de 1 à 3 mm, détachable, gris, blanc ou brun ; forme ronde ou en virguleFixée, sans pattesNonHuile de paraffine en hiver, brossage, savon noir sur larves

Trois familles secondaires complètent le tableau :

  • La cochenille australienne (Icerya purchasi) : corps rouge brique et gros sac d'œufs blanc cannelé de 1 cm, sur agrumes, mimosas, pittosporums et lauriers-roses du Midi.
  • Les cochenilles des racines (Rhizoecus) : invisibles sur le feuillage, elles forment des dépôts cireux blancs sur les racines des plantes en pot.
  • La cochenille du pin maritime (Matsucoccus feytaudi), à l'origine d'un dépérissement massif des pinèdes en Provence et en Corse.

Les reconnaître en un coup d'œil

  • Coton blanc qui se déplace ou laisse des larves jaunâtres : cochenille farineuse. Dossier complet : cochenille farineuse.
  • Petites tortues brunes bombées, collées sur les tiges, avec du miellat : cochenille à carapace. Dossier complet : cochenille à carapace.
  • Écailles plates qui se soulèvent à l'ongle, sans miellat, avec taches jaunes ou rouges sur les feuilles et les fruits : cochenille à bouclier.

Le test le plus simple : gratter avec l'ongle. Une farineuse s'écrase en jus clair et laisse de la cire blanche. Une lécanine se décolle d'un bloc, avec son corps dessous. Un bouclier de diaspine se soulève comme un couvercle et laisse l'insecte, minuscule et jaune, collé à l'écorce.

Ne pas confondre avec

RessemblanceComment trancher
Pucerons laineux du pommierColonies sur les plaies de taille et les bourrelets, cire très abondante, présence de pucerons ailés
Aleurodes (mouches blanches)S'envolent en nuage quand on secoue la plante
Œufs d'araignée ou de chrysopeŒufs isolés ou au bout d'un pédicelle, pas de miellat
Moisissure blanche (oïdium)Poudre qui s'essuie sans relief, aucun insecte dessous
Lenticelles de l'écorceFont partie de l'écorce, ne se décollent pas

Les dégâts des cochenilles

Les cochenilles affaiblissent la plante par trois mécanismes :

  1. Le prélèvement de sève : jaunissement, croissance ralentie, chute des feuilles, boutons qui avortent, rameaux qui sèchent. Les plantes en pot et les jeunes sujets souffrent davantage que les arbres installés.
  2. La salive toxique de certaines espèces, surtout les diaspines : taches jaunes, rouges ou noires sur les feuilles et les fruits, déformations des jeunes pousses.
  3. Le miellat et la fumagine : pour obtenir assez d'acides aminés, les farineuses et les lécanines aspirent beaucoup de sève et rejettent l'excès de sucre. Ce miellat rend les feuilles collantes, attire les fourmis et nourrit un champignon noir, la fumagine, qui forme une croûte de suie et réduit la photosynthèse.

La fumagine n'attaque pas la plante directement : elle disparaît quand on supprime les cochenilles et qu'on lave les feuilles à l'eau savonneuse tiède. Les cochenilles tuent rarement une plante adulte vigoureuse, mais elles peuvent achever une plante en pot déjà stressée ou une jeune plantation.

Pourquoi des cochenilles sur mes plantes ?

Les infestations ont presque toujours une cause identifiable :

  • Une plante achetée déjà porteuse : c'est la première voie d'entrée en intérieur. Quelques larves invisibles suffisent.
  • Un air chaud et sec : radiateurs, vérandas mal aérées, pièces à moins de 40 % d'humidité.
  • Un excès d'azote : engrais trop riche ou trop fréquent, qui produit des pousses tendres et une sève riche.
  • Une plante stressée : pot trop petit, terreau épuisé, arrosage irrégulier, manque de lumière en hiver.
  • Les fourmis : elles protègent les cochenilles contre leurs prédateurs en échange du miellat et transportent les larves d'une branche à l'autre.
  • L'absence de prédateurs : traitements insecticides larges qui ont éliminé coccinelles et micro-guêpes, alors que les cochenilles, protégées par leur cire, y survivent.

Le cycle et le bon moment pour traiter

En intérieur, en serre et en véranda, les générations se succèdent sans interruption : 3 à 6 par an chez les farineuses. Il faut alors traiter par séries rapprochées pour atteindre chaque nouvelle vague de larves.

À l'extérieur, la plupart des espèces font 1 à 3 générations par an selon le climat : une seule dans le Nord, jusqu'à trois ou quatre dans le Sud et en Corse. Les femelles et les œufs passent l'hiver protégés sous la cire ou la coque ; les larves éclosent et se dispersent à la fin du printemps.

Cochenille (extérieur)HivernageSortie des larves mobilesGénérations
Cochenille noire de l'olivierLarves sur les feuillesJuin à août1 (2 dans le Sud)
Pou de San JoséJeunes larves sous bouclierMai-juin, puis août2
Cochenille virgule du pommierŒufs sous le bouclierFin mai à juin1
Lécanine du cornouiller (vigne, fruitiers)Larves sur les rameauxJuin-juillet1
Pulvinaire de l'hortensiaLarves sur les rameauxJuin-juillet1
Cochenille du laurier-roseFemellesPrintemps et fin d'été2 à 3
Cochenille australienneTous stadesPrintemps à automne2 à 3

L'astuce du ruban adhésif : pour savoir quand les larves sortent, enrouler un morceau de ruban adhésif double face autour d'un rameau infesté et l'examiner à la loupe tous les 2 à 3 jours à partir de mai. Les premières larves jaunes ou orangées collées au ruban donnent le signal : c'est le moment de traiter au savon noir ou à l'huile, et de répéter 10 à 15 jours plus tard.

Comment se débarrasser des cochenilles : la méthode en 5 étapes

  1. Isoler la plante atteinte, ou au moins l'écarter des autres plantes d'intérieur, pour éviter la dispersion des larves.
  2. Tailler les rameaux les plus infestés et les jeter avec les ordures ménagères, pas au compost.
  3. Nettoyer à la main : coton-tige ou coton imbibé d'alcool pour les farineuses, brosse à dents souple ou éponge savonneuse pour les carapaces et les boucliers. Inspecter l'aisselle des feuilles, le revers, le collet, le dessous et le bord du pot.
  4. Traiter les survivants et les larves au savon noir, puis répéter 3 à 4 fois à 7 à 10 jours d'intervalle en intérieur, à 10 à 15 jours dehors.
  5. Contrôler pendant 6 à 8 semaines : une nouvelle génération peut sortir des œufs cachés et repartir de zéro.

Le traitement ponctuel unique est la cause n°1 des récidives : il tue les adultes visibles mais pas les œufs, qui éclosent dans les jours suivants.

Traitements naturels et remèdes de grand-mère : le banc d'essai

Le détail des dosages et des modes d'application figure dans la fiche savon noir contre les cochenilles.

RemèdeEfficacitéPourquoiVerdict
Coton-tige à l'alcool (70 à 90°)Forte sur farineusesDissout la cire et tue par contactLe meilleur geste sur petites infestations
Savon noir diluéForte sur larves et farineuses, faible sur adultes à coqueDessèche et asphyxie les insectes à corps mou ; nettoie le miellatLe traitement de base, à répéter
Savon noir + alcoolForteL'alcool aide le savon à traverser la cireBonne formule pour farineuses
Huile de colza émulsionnéeBonneAsphyxie, pénètre mieux sous la cireEfficace, attention au soleil
Brossage, épongeForte sur carapaces et boucliersDécolle les insectes fixésIndispensable avant tout produit
Douche ou jet d'eauMoyenneDécroche les larves et rince le miellatBon complément pour les plantes robustes
Purin d'ortie, macération d'ailFaibleEffet répulsif modestePas un traitement curatif
Liquide vaisselleMoyenne, risquéeAgit comme un savon, mais contient dégraissants, parfums et colorants qui brûlent le feuillagePréférer le savon noir
Vinaigre blancFaible, phytotoxiqueAcidité qui brûle les feuilles avant de tuer les cochenilles protégéesÀ éviter
Bicarbonate de soudeNulleFongicide léger, sans action sur les insectesInutile
Huiles essentielles puresVariable, risquéePhytotoxiques sur feuilles tendres, efficacité non démontréeSeulement très diluées, en complément
Lustrant pour plantes vertesMoyenneAsphyxie par film gras, mais n'est pas un insecticide homologué et bouche les stomatesNe pas utiliser comme traitement

Le savon noir : dosage et bonnes pratiques

  • Produit : savon noir liquide pur, à base d'huile de lin ou d'olive, sans additifs ni parfum.
  • Dosage : 20 à 30 ml par litre d'eau tiède pour les plantes à feuillage tendre (orchidées, fougères, plantes d'intérieur), jusqu'à 50 ml par litre pour les arbustes à feuillage coriace (agrumes, olivier, laurier-rose). Ajouter 10 ml d'alcool à 70 ou 90° par litre pour mieux attaquer la cire des farineuses.
  • Application : pulvériser en mouillant bien le revers des feuilles, les aisselles et les tiges, le soir ou à l'ombre, jamais en plein soleil ni au-dessus de 25 °C.
  • Rinçage : rincer à l'eau claire 24 à 48 heures plus tard sur les plantes sensibles, pour éviter les taches et l'obstruction des stomates.
  • Test préalable : essayer sur une feuille et attendre 24 heures avant de traiter toute une plante fragile (fougères, plantes à feuilles duveteuses, succulentes).
  • Répétition : 3 à 4 passages espacés de 7 à 10 jours.

Sur les cochenilles à carapace adultes, le savon noir ne traverse pas la coque. Il faut gratter ou brosser d'abord, puis réserver la pulvérisation au moment de la sortie des larves.

Traitements homologués autorisés au jardin

Depuis 2019, les jardiniers amateurs ne peuvent utiliser que des produits de biocontrôle, à faible risque ou autorisés en agriculture biologique, signalés par la mention « Emploi autorisé au jardin » (EAJ). Contre les cochenilles, cela laisse trois familles de substances.

  • Huile de paraffine (huile blanche) : asphyxie les cochenilles fixées, leurs œufs et les larves hivernantes. En traitement d'hiver sur les arbres et arbustes à feuilles caduques (fruitiers, vigne, rosiers), en repos végétatif, par temps sec, hors gel et au-dessus de 5 °C. Sur les persistants (agrumes, olivier, laurier-rose), seulement à la dose et à la période indiquées sur l'étiquette, jamais en plein soleil.
  • Huile de colza : même action asphyxiante, utilisable en saison sur un plus grand nombre de plantes, y compris en intérieur.
  • Savon potassique (acides gras) : forme homologuée du savon noir, sur les cochenilles à corps mou et les larves.

Quelques règles communes : ne jamais traiter une plante en plein soleil ou au-dessus de 25 °C ; ne pas traiter pendant la floraison des plantes mellifères visitées par les abeilles ; respecter le délai avant récolte sur les fruitiers et les agrumes ; vérifier sur le site e-phy de l'Anses que le produit est autorisé pour l'usage prévu. Les insecticides à large spectre sont déconseillés : ils tuent les prédateurs des cochenilles bien plus que les cochenilles elles-mêmes, protégées par leur cire.

La lutte biologique : auxiliaires et prédateurs

Les auxiliaires à lâcher

En véranda, en serre et en intérieur, les auxiliaires vendus en boîte sont la solution la plus durable. Chaque espèce cible une famille précise : il faut donc identifier la cochenille avant de commander.

AuxiliaireTypeCibleConditions
Cryptolaemus montrouzieriCoccinelleCochenilles farineuses, pulvinairesAu-dessus de 16 °C, optimum 25 à 28 °C ; sa larve cotonneuse ressemble à une cochenille, à ne pas éliminer
Leptomastix dactylopiiMicro-guêpe parasitoïdeCochenille farineuse des agrumes (Planococcus citri)Véranda, serre, intérieur chauffé
Anagyrus spp.Micro-guêpe parasitoïdeCochenilles farineuses à longs filamentsVéranda, serre
Metaphycus spp.Micro-guêpe parasitoïdeCochenilles à carapace (olivier, laurier-rose, agrumes)Extérieur doux, véranda
Aphytis melinusMicro-guêpe parasitoïdeCochenilles à bouclierExtérieur au printemps et en été
Chilocorus nigritusCoccinelleCochenilles à bouclier et à carapaceAu-dessus de 20 °C
Rodolia cardinalisCoccinelleCochenille australienneSud de la France, véranda

Une larve de Cryptolaemus dévore jusqu'à une trentaine de cochenilles par jour à son dernier stade. Les parasitoïdes, eux, pondent dans la cochenille, qui devient une momie percée d'un petit trou de sortie : ces coques trouées sont le signe que la lutte fonctionne.

Les lâchers se font le soir, au plus près des foyers, en 2 à 3 apports espacés de 1 à 2 semaines. Aucun traitement, même au savon noir, ne doit être fait dans les 2 semaines qui précèdent et suivent un lâcher.

Les prédateurs naturels du jardin

À l'extérieur, de nombreux auxiliaires indigènes régulent les cochenilles : petites coccinelles noires à points rouges (Exochomus quadripustulatus, Chilocorus renipustulatus), larves de chrysopes, perce-oreilles, punaises prédatrices, micro-guêpes parasitoïdes, et mésanges qui décortiquent les rameaux en hiver.

Pour les favoriser : haies champêtres et diversifiées, plantes à floraison étalée (achillée, fenouil, carotte sauvage, lierre), bandes fleuries fauchées tardivement, nichoirs à mésanges, tiges creuses et abris à insectes, et surtout aucun insecticide à large spectre.

Couper la route aux fourmis

Les fourmis élèvent littéralement les cochenilles : elles récoltent leur miellat, chassent coccinelles et parasitoïdes, et transportent les larves sur les rameaux sains. Sur un arbre ou un arbuste en pot, une bande de glu arboricole posée autour du tronc, sur un manchon de protection, bloque leur montée. Les prédateurs reprennent alors le dessus en quelques semaines. Sur les plantes en pot, il suffit souvent de poser le pot sur une soucoupe remplie d'eau, en isolant le fond sur des cales.

Cochenilles des plantes d'intérieur

En intérieur, les cochenilles n'ont ni hiver ni prédateurs : les générations se succèdent toute l'année. Les plantes les plus touchées sont les orchidées (voir cochenille de l'orchidée), les ficus, les cactus et succulentes, les palmiers, les crotons, les schefflera, les hoyas et les agrumes hivernés.

Les gestes qui comptent :

  • Mettre en quarantaine toute nouvelle plante pendant 3 semaines, à l'écart des autres, en l'inspectant chaque semaine.
  • Inspecter à chaque arrosage le revers des feuilles, les aisselles, la base des tiges et le dessous du pot.
  • Doucher la plante tous les mois en saison sèche : l'eau tiède décroche les larves et rince le miellat.
  • Humidifier l'air en hiver, à 50 % d'humidité si possible, avec un humidificateur ou des soucoupes de billes d'argile humides.
  • Sortir la plante l'été quand c'est possible, à mi-ombre : la pluie et les auxiliaires font souvent mieux que les traitements. Habituer la plante progressivement à la lumière extérieure pour éviter les brûlures.

Cas particulier : les cochenilles des racines

Une plante en pot qui jaunit, flétrit malgré un arrosage correct et ne montre aucun insecte sur le feuillage peut être attaquée sous terre. En dépotant, on observe des dépôts cireux blancs, comme de la farine, sur les racines et contre la paroi du pot. Ce cas touche surtout les cactus, succulentes, palmiers et plantes d'intérieur.

Traitement : dépoter, éliminer tout le terreau, rincer les racines à l'eau tiède en supprimant les parties abîmées, laver le pot à l'eau savonneuse (ou le changer), puis rempoter dans un terreau neuf. Pour les infestations légères, tremper la motte 20 à 30 minutes dans un seau d'eau tiède savonneuse (20 ml de savon noir par litre) avant de rincer et de rempoter. Surveiller pendant 2 mois.

Cochenilles au jardin : les plantes les plus touchées

PlanteCochenilles principalesParticularité
Citronnier, agrumesFarineuse des agrumes, cochenille à carapace, pou rouge, australienneHivernage en intérieur propice aux pullulations — cochenille du citronnier
OlivierCochenille noire de l'olivierUne génération, larves de juin à août, fumagine abondante — cochenille de l'olivier
Laurier-roseCochenille du laurier-rose (bouclier), cochenille noireTaches jaunes sur les feuilles — cochenille du laurier-rose
HortensiaPulvinaire de l'hortensiaSacs cotonneux blancs sous les feuilles en juin
Pommier, poirier, prunierPou de San José, cochenille virguleHuile de paraffine en hiver, brossage de l'écorce
VigneLécanines, cochenille floconneuseHuile en hiver, brossage des ceps
FiguierCochenille du figuierCoques sur les jeunes rameaux, miellat sur les fruits
Ficus, palmiersFarineuses, cochenilles à carapaceFoyers à l'aisselle des feuilles
Cactus, succulentesFarineuses, cochenilles des racinesAlcool au coton-tige, contrôle des racines

Sur les grands arbres (tilleul, érable, platane, marronnier), une infestation installée ne se traite pas de façon réaliste. Le miellat qui tombe sur les voitures et les terrasses est désagréable, mais l'arbre tolère généralement la cochenille ; les prédateurs naturels finissent par réguler la population.

Prévenir le retour des cochenilles

  • Inspecter avant d'acheter : retourner les feuilles, regarder les aisselles et le dessous du pot en jardinerie.
  • Fertiliser avec mesure : éviter les engrais riches en azote ; préférer un engrais équilibré à demi-dose pour les plantes d'intérieur.
  • Aérer : espacer les plantes, tailler les branches qui se croisent, aérer la véranda dès qu'il fait doux.
  • Maintenir une humidité suffisante en hiver pour les plantes d'intérieur.
  • Rempoter dès que le pot devient trop petit et renouveler le terreau de surface chaque printemps.
  • Brosser l'écorce des fruitiers et de la vigne en hiver et appliquer une huile de paraffine sur les sujets régulièrement atteints.
  • Garder des auxiliaires : pas d'insecticide à large spectre, des fleurs et des abris pour coccinelles, chrysopes et mésanges.

Calendrier anti-cochenilles

PériodeExtérieurIntérieur et véranda
Décembre – févrierBrossage des écorces, huile de paraffine sur ligneux caducs en reposHumidifier l'air, inspecter chaque semaine, nettoyer les foyers
Mars – avrilContrôle des agrumes avant leur sortie, pose de glu contre les fourmisDouche, rempotage, premiers lâchers d'auxiliaires si plus de 18 °C
Mai – juinRuban adhésif pour détecter les larves, savon noir à la sortie des larvesSortie des plantes à mi-ombre, traitements en séries
Juillet – aoûtSecond passage sur larves (olivier, pou de San José), lâcher de parasitoïdesSurveillance, douches régulières
Septembre – octobreInspection et nettoyage des agrumes et plantes en pot avant de les rentrerQuarantaine des plantes rentrées 2 à 3 semaines
NovembreTaille et élimination des rameaux très infestésInspection des aisselles et du collet

Questions fréquentes sur les cochenilles

Comment se débarrasser définitivement des cochenilles ?

En combinant nettoyage manuel, traitements répétés 3 à 4 fois à 7 à 15 jours d'intervalle et prévention. Un seul passage ne suffit jamais : les œufs cachés éclosent après le traitement. En intérieur, l'humidité de l'air, la quarantaine des nouvelles plantes et la modération de l'engrais azoté évitent les récidives.

Quel est le meilleur traitement naturel contre les cochenilles ?

Pour les cochenilles farineuses, le coton-tige imbibé d'alcool suivi de pulvérisations de savon noir. Pour les cochenilles à carapace et à bouclier, le brossage puis une huile de paraffine ou de colza, et le savon noir au moment de la sortie des larves. En véranda, les auxiliaires comme Cryptolaemus montrouzieri donnent les résultats les plus durables.

Quel dosage de savon noir contre les cochenilles ?

20 à 30 ml de savon noir liquide pur par litre d'eau tiède pour les plantes fragiles, jusqu'à 50 ml pour les arbustes à feuilles coriaces, avec éventuellement 10 ml d'alcool. Pulvériser le soir, rincer 24 à 48 heures plus tard sur les plantes sensibles et répéter tous les 7 à 10 jours.

Le vinaigre blanc tue-t-il les cochenilles ?

Il en tue quelques-unes, mais il brûle les feuilles avant d'atteindre les cochenilles protégées par leur cire ou leur coque. Le savon noir et l'alcool sont plus efficaces et beaucoup moins agressifs pour la plante.

La cochenille farineuse est-elle dangereuse pour l'homme ?

Non. Les cochenilles ne piquent pas l'homme, ne mordent pas et ne transmettent pas de maladie humaine. Elles ne s'installent que sur les plantes et ne survivent pas dans une maison sans végétaux.

Comment savoir si une cochenille est morte ?

Une cochenille morte est sèche, terne, se détache sans résistance et s'effrite quand on l'écrase. Une cochenille vivante est gonflée et libère un liquide jaune, orangé ou rougeâtre. Une coque percée d'un petit trou rond signale une cochenille parasitée par une micro-guêpe. L'absence de nouveau miellat et de nouvelles larves pendant 6 semaines confirme la fin de l'infestation.

Pourquoi y a-t-il des fourmis avec les cochenilles ?

Les fourmis récoltent le miellat sucré des cochenilles. En échange, elles les protègent contre les coccinelles et les parasitoïdes et transportent leurs larves sur d'autres rameaux. Bloquer les fourmis avec une bande de glu sur le tronc aide les prédateurs à reprendre le contrôle.

À quoi ressemblent les œufs de cochenille ?

Ce sont de minuscules grains jaunes, orangés ou rosés, de moins de 0,5 mm, cachés sous le corps de la femelle, sous sa coque ou dans un sac de cire blanche cotonneuse. Ils ne sont visibles qu'à la loupe, d'où l'importance de répéter les traitements.

Les cochenilles peuvent-elles tuer une plante ?

Rarement une plante adulte et vigoureuse, mais elles peuvent achever une plante en pot stressée, une jeune plantation ou un rameau très infesté. Les cochenilles des racines et les fortes infestations de cochenilles à bouclier sont les plus dangereuses.

Qu'est-ce qui attire les cochenilles ?

Un air chaud et sec, un excès d'engrais azoté, une plante affaiblie par un pot trop petit ou un mauvais arrosage, et la présence de fourmis. La plupart des infestations en intérieur viennent d'une plante achetée déjà porteuse.

Faut-il jeter une plante infestée de cochenilles ?

Pas forcément. Une plante dont la tige principale est saine se récupère par une taille sévère des parties atteintes, un nettoyage complet et des traitements répétés. On ne jette que les petites plantes envahies au cœur ou au niveau des racines, plus difficiles à sauver que la plante ne vaut.

Comment enlever la fumagine après des cochenilles ?

Une fois les cochenilles éliminées, laver les feuilles avec une éponge douce et de l'eau tiède additionnée de savon noir (20 ml par litre), puis rincer. Sur les arbres, la pluie et le temps suffisent si les cochenilles ne produisent plus de miellat.

Tom le Jardinier
Tom le Jardinier

Horticulteur de formation, je cultive un potager naturel à plus de 900 mètres d'altitude dans le Jura suisse. Chaque article est basé sur des années de pratique et d'observation au jardin.

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