Tom le Jardinier
Rechercher...
⌘K
Légumes racines Astéracées

Scorsonère

Scorzonera hispanica

La scorsonère, c'est le fameux « salsifis noir » : une longue racine à peau sombre et chair blanche que l'on récolte tout l'hiver, quand le potager s'est vidé. Vivace, rustique jusqu'à -20 °C, elle demande surtout un sol profond et de la patience. Voici comment la semer et la récolter et pourquoi ce n'est pas tout à fait le salsifis blanc.

ExpositionPlein soleil (mi-ombre légère tolérée)
ArrosageModérés mais réguliers (le stress hydrique fait fourcher et durcir la racine)
RusticitéTrès rustique : racine tenant en terre jusqu'à ~-20 °C
SemisMar–Mai
RécolteJan–Déc
Scorsonère

La scorsonère (Scorzonera hispanica), couramment appelée salsifis noir, est un légume-racine vivace de la famille des Astéracées, cultivé pour sa longue racine à peau noire et chair blanche. C'est un légume d'hiver précieux : semé au printemps, il se récolte de l'automne au printemps suivant, à une saison où le potager offre peu. Rustique jusqu'à -20 °C, peu sensible aux maladies et facile à conserver, il ne réclame qu'une chose : un sol profond, meuble et décaillouté pour que sa racine file droit.

Cette fiche couvre toute la culture : distinguer la scorsonère du salsifis blanc (une confusion permanente), reconnaître la plante, choisir la variété, préparer le sol, réussir le semis et l'éclaircissage, entretenir, butter avant l'hiver, gérer les rares ravageurs, puis récolter et conserver les racines plusieurs mois. Côté jardin uniquement : la cuisine reste au vestiaire.

Scorsonère ou salsifis ? La confusion à lever

C'est la première chose à comprendre, car les deux légumes se ressemblent et se vendent souvent l'un pour l'autre. La scorsonère (Scorzonera hispanica) et le salsifis (Tragopogon porrifolius) sont deux espèces différentes de la même famille, aux racines proches mais bien distinctes.

Scorsonère (salsifis noir)Salsifis (blanc)
Nom latin Scorzonera hispanica Tragopogon porrifolius
Racine Peau noire, chair blanche Peau blanc ivoire
Fleur Jaune Violette à pourpre
Cycle Vivace (souvent cultivée en bisannuelle) Bisannuel
Au potager La plus cultivée et vendue aujourd'hui Plus rare, historique

En pratique, ce que l'on trouve dans le commerce sous le nom de « salsifis » est presque toujours de la scorsonère : c'est elle qui a supplanté le vrai salsifis blanc, jugée plus productive et plus régulière. La culture des deux est très proche, à une nuance près : la scorsonère étant vivace, on peut laisser ses racines en terre pour les faire grossir une seconde année, ce que le salsifis, bisannuel, ne permet pas. Pour tout savoir sur le salsifis blanc et sur la distinction complète des espèces, voir notre guide du salsifis.

Reconnaître la scorsonère

Scorsonère en croissance au potager
Scorsonère en croissance au potager

La première année, la scorsonère forme une rosette de feuilles allongées, lancéolées, vert franc, dressées, à nervure marquée. Sous terre, elle développe une racine pivotante cylindrique de 30 à 40 cm de long pour 2 à 3 cm de diamètre, à peau brun-noir rugueuse et chair blanche qui exsude un latex blanc au moment de la coupe (caractéristique des Astéracées). Contrairement au salsifis, dont la peau est claire, c'est cette écorce sombre qui donne son surnom de « salsifis noir » — la chair, elle, est identique, d'un blanc crème.

Si on la laisse en place, la scorsonère fleurit la deuxième année : une tige florale porte des capitules jaunes (contre le violet du salsifis blanc), mellifères, qui se referment en aigrettes plumeuses. À ce stade, la racine devient fibreuse : on récolte donc avant la montée à fleur, ou l'on conserve quelques pieds pour produire ses graines. Le goût de la racine cuite est doux, légèrement sucré, proche de l'artichaut ou de l'asperge — d'où le surnom d'« asperge du pauvre » partagé avec le salsifis.

Variétés

Le choix est restreint, dominé par les sélections « de Russie » à grosse racine.

VariétéParticularité
Géante Noire de Russie La plus courante ; racine longue, épaisse, productive
Noire de Russie (améliorée) Proche, sélection régulière
Duplex Racine lisse, peu ramifiée, bonne conservation
Hâtive de Niort Plus précoce, adaptée aux récoltes d'automne

Pour un premier essai, la Géante Noire de Russie est la valeur sûre : grosses racines, faciles à préparer. Comme pour tous les légumes-racines à semis, utilisez des graines fraîches : la faculté germinative de la scorsonère chute vite, et une semence trop vieille lève mal.

Climat, sol et exposition

La scorsonère est peu exigeante sur le climat mais intransigeante sur le sol. Elle veut une terre :

  • profonde : bêchée et décompactée sur au moins 30 cm, pour que la racine descende droit ;
  • meuble et sans cailloux : le moindre obstacle fait fourcher ou dévier la racine ;
  • bien drainée : elle aime un sol frais mais craint l'excès d'eau, qui fait pourrir les racines ;
  • enrichie en matière organique décomposée.

Point crucial partagé avec le salsifis : pas de fumier frais. Un amendement récent ou trop azoté fait bifurquer les racines et favorise la pourriture. Le mieux est de cultiver la scorsonère après une culture fumée (courges, pommes de terre), ou d'incorporer un compost bien mûr à l'automne précédent. En terre lourde ou caillouteuse, cultivez sur une butte ou une planche ameublie en profondeur, voire en bac profond.

Sa rusticité est exceptionnelle : la racine supporte le gel en pleine terre, ce qui autorise une récolte échelonnée tout l'hiver.

Côté acidité, la scorsonère se plaît en sol neutre à légèrement calcaire (pH 6,5 à 7,5) et tolère mal les terres très acides. Un test simple avant de semer : versez un arrosoir sur la planche préparée ; si l'eau stagne plusieurs minutes en surface, le drainage est insuffisant et les racines risquent de pourrir — ajoutez du sable grossier ou cultivez sur butte.

Semer la scorsonère

Semis de scorsonère en pleine terre
Semis de scorsonère en pleine terre

La scorsonère se sème directement en place et ne se repique pas : sa racine pivotante casserait ou fourcherait au repiquage.

Quand. De mars à mai, quand le sol est réchauffé et le risque de gel écarté. Un semis précoce (mars-avril) prépare une récolte dès l'automne ; un semis plus tardif décale vers l'hiver et le printemps.

Préparation du sol. Bêchez profondément (30 cm minimum), retirez soigneusement cailloux et débris, incorporez le compost mûr, puis nivelez pour éviter les flaques.

Les étapes du semis :

  • Tracez des lignes espacées de 25 à 30 cm.
  • Semez à 1-2 cm de profondeur : trop profond, la levée traîne ; trop superficiel, les graines sèchent ou nourrissent les oiseaux.
  • Semez clair, une graine tous les 5 cm environ.
  • Recouvrez, tassez légèrement et arrosez en pluie fine ; maintenez humide jusqu'à la levée.
  • Protégez des oiseaux (friands des semences) avec un filet ou quelques branchages sur le rang.

Éclaircissage. Après la levée, éclaircissez pour ne garder qu'un plant tous les 10 à 15 cm. Des plants trop serrés donnent des racines grêles.

Patience à la levée. La germination de la scorsonère est lente : comptez 10 à 20 jours, parfois plus par temps frais. Maintenez le lit de semences constamment humide pendant cette période, et ne vous inquiétez pas d'une levée un peu irrégulière — c'est normal pour ce légume. Un trempage des graines 24 h avant le semis peut accélérer un peu la germination.

Culture en bac

La scorsonère se cultive en bac profond, à condition de respecter la longueur de sa racine : visez au moins 40 cm de profondeur, dans un contenant percé, garni d'un mélange léger et décaillouté (terreau allégé de sable). Semez et éclaircissez comme en pleine terre. Le point de vigilance est l'arrosage : un bac sèche vite, et les à-coups d'eau font fourcher et durcir la racine. Arrosez régulièrement, sans détremper. En hiver, laissez le bac dehors : la scorsonère est parfaitement rustique.

Entretien

Entretien de la scorsonère au potager
Entretien de la scorsonère au potager

Arrosage. Modéré mais régulier. La scorsonère veut un sol frais, surtout les premières semaines après la levée ; les alternances sécheresse/pluie provoquent des racines fourchues, crevassées ou dures. Un paillage léger conserve la fraîcheur et limite les arrosages.

Désherbage. Crucial en début de culture : les jeunes plants poussent lentement et supportent mal la concurrence. Désherbez à la main, sans blesser les racines superficielles.

Buttage. À l'approche de l'hiver, réalisez un léger buttage en ramenant un peu de terre autour des collets. Cette opération protège les racines des gelées les plus vives et facilite la conservation en pleine terre. Un paillage épais joue le même rôle et rend l'arrachage plus facile en empêchant le sol de geler en surface.

Maladies, ravageurs et erreurs fréquentes

La scorsonère est peu sensible aux problèmes — l'un de ses grands atouts.

  • Altises : petits coléoptères sauteurs qui perforent le feuillage des jeunes plants. Un voile anti-insectes les tient à distance.
  • Mulots et rongeurs : parfois attirés par les racines charnues en hiver ; pièges ou répulsifs si nécessaire.
  • Oiseaux : au semis, ils prélèvent les graines — filet ou branchages jusqu'à la levée.
  • Pourriture des racines : en sol lourd et détrempé. La parade est préventive : drainage, pas d'excès d'eau.
  • Rouille : quelques taches possibles sur le feuillage en conditions humides, sans gravité.

Erreurs classiques : racines fourchues (sol compact, caillouteux, fumure fraîche ou arrosage irrégulier), semis qui ne lève pas (graines trop vieilles ou sol trop froid), racines grêles (éclaircissage insuffisant). Toutes se corrigent par un sol profond et propre, des graines fraîches et une eau régulière.

Rotation et associations

Rotation. La scorsonère étant une Astéracée, ne la faites pas revenir sur la même place avant 4 ans, et évitez de l'enchaîner avec d'autres Astéracées (laitue, chicorées, salsifis, topinambour). Elle se place bien après une culture fumée et s'intègre dans une planche de légumes-racines d'hiver, aux côtés de la carotte et du panais.

Bonnes associations. Elle cohabite bien avec la carotte (mêmes exigences), l'oignon et le poireau (dont les odeurs éloignent certains ravageurs), et l'épinard (dont le feuillage couvrant limite les adventices).

Mauvaises associations. Évitez le voisinage du tournesol et du topinambour, dont les racines profondes concurrencent directement les siennes.

Récolte

Récolte des racines de scorsonère au potager
Récolte des racines de scorsonère au potager

La scorsonère se récolte environ 6 à 8 mois après le semis, soit d'octobre au printemps suivant. Comme le salsifis, il n'y a pas d'urgence : la racine tient en terre tout l'hiver et se prélève au fur et à mesure des besoins. Rustique, elle profite même de rester en place.

Comment ? C'est l'étape délicate : les racines sont longues et cassantes. Ne tirez jamais dessus. Creusez avec une fourche-bêche le long du rang, soulevez doucement la terre pour dégager les racines entières, sans forcer. Un sol paillé et non gelé facilite grandement l'opération. Une racine cassée se conserve moins bien.

Quand exactement ? Il n'y a pas de signal aérien évident : le feuillage de première année reste discret. Fiez-vous au calendrier (6 à 8 mois après le semis) et sondez un pied témoin en bout de rang pour vérifier le diamètre (2-3 cm). Récoltez toujours par sol non gelé : une terre prise en glace rend l'arrachage impossible et casse les racines — mieux vaut alors attendre le redoux, la scorsonère patientant sans dommage sous son paillage.

Bon à savoir propre à la scorsonère : les racines trop fines à l'automne peuvent être laissées en terre une année de plus pour grossir, puisque la plante est vivace — un avantage sur le salsifis.

Rendement. Comptez environ 2 kg/m² au potager, pour des racines de 30 à 40 cm. Le rendement dépend surtout de la profondeur et de la finesse du travail du sol.

Produire ses propres graines

Comme il faut de toute façon renouveler ses semences régulièrement (leur viabilité est courte), autant les produire soi-même. Le principe s'appuie sur le caractère vivace de la scorsonère : laissez quelques pieds en terre au lieu de les arracher. Le printemps suivant, ils montent une tige florale portant des capitules jaunes, puis de grosses aigrettes plumeuses. Récoltez les akènes lorsqu'ils brunissent, avant qu'ils ne s'envolent — un sachet de gaze noué sur les capitules mûrs évite les pertes au vent. Séchez-les quelques jours, débarrassez-les de leur aigrette et conservez-les au sec ; n'en gardez qu'une année ou deux, au-delà la germination chute.

Conservation

  • En pleine terre : la meilleure méthode. Laissez les racines en place sous un bon paillage et arrachez au besoin tout l'hiver.
  • En cave ou en silo : ne lavez pas les racines (l'humidité favorise les moisissures) ; rangez-les dans un bac de sable légèrement humide, en cave fraîche et ventilée, où elles se gardent plusieurs mois. Tenez-les à l'écart des fruits dégageant de l'éthylène (pommes, poires), qui accélèrent leur détérioration.
  • Au réfrigérateur : quelques semaines dans le bac à légumes, non lavées.
  • Congélation : possible après épluchage et blanchiment (quelques minutes à l'eau) ; crues, les racines noircissent. À noter : la racine épluchée noircit à l'air, plongez-la dans de l'eau citronnée en attendant.

Calendrier de culture

PériodeOpération
Automne (année -1) Bêchage profond, décaillouttage, compost mûr
Mars – mai Semis en place (lignes 25-30 cm, 1-2 cm de profondeur)
Avril – juin Levée, éclaircissage à 10-15 cm
Été Arrosage régulier, désherbage, paillage
Automne Buttage léger avant les gelées
Octobre – mars/avril Récolte échelonnée à la fourche-bêche

Foire aux questions

Quelle différence entre scorsonère et salsifis ?

La scorsonère (Scorzonera hispanica) a une racine à peau noire et une fleur jaune ; le salsifis blanc (Tragopogon porrifolius) a une racine claire et une fleur violette. Ce sont deux espèces de la même famille. La plupart des « salsifis » vendus aujourd'hui sont en réalité des scorsonères.

La scorsonère, c'est bien le salsifis noir ?

Oui : « salsifis noir » est le nom courant de la scorsonère, en référence à la peau sombre de sa racine.

Quand semer la scorsonère ?

De mars à mai, directement en place dans un sol réchauffé. Un semis précoce donne une récolte d'automne, un semis tardif une récolte d'hiver ou de printemps.

Peut-on repiquer la scorsonère ?

Non. C'est une racine pivotante : le repiquage la casse ou la fait fourcher. On sème directement en place.

Quand récolter la scorsonère ?

Environ 6 à 8 mois après le semis, d'octobre au printemps. La racine tient en terre tout l'hiver et se récolte au fur et à mesure des besoins.

Pourquoi mes racines de scorsonère fourchent-elles ?

À cause d'un sol compact, caillouteux, d'une fumure fraîche ou d'un arrosage irrégulier. Décompactez sur 30 cm, retirez les cailloux, n'apportez pas de fumier frais et arrosez régulièrement.

Peut-on laisser la scorsonère en terre plusieurs années ?

Oui : étant vivace, elle peut rester en place, et les racines trop fines peuvent être laissées une saison de plus pour grossir. C'est un avantage sur le salsifis, bisannuel.

Comment conserver les scorsonères ?

Le plus simple est de les laisser en terre sous paillage et de les arracher au besoin. Sinon, non lavées, dans un bac de sable humide en cave fraîche, plusieurs mois.

Quel goût a la scorsonère ?

Une saveur douce, légèrement sucrée, proche de l'artichaut ou de l'asperge, plus fine que celle du salsifis blanc.

Combien de temps la scorsonère met-elle à pousser ?

La germination est lente (10 à 20 jours), et la racine est prête 6 à 8 mois après le semis. C'est un légume de patience, mais qui se récolte ensuite tout l'hiver.

Peut-on cultiver la scorsonère en pot ?

Oui, dans un bac profond d'au moins 40 cm (racine pivotante), en substrat léger et décaillouté, avec un arrosage régulier. On laisse le bac dehors l'hiver, la scorsonère étant parfaitement rustique.

Autres Astéracées au potager

Photo de Tom dans son potager du Jura
Tom le Jardinier

Jardinier passionné depuis l'enfance, j'ai grandi avec mon grand-père qui m'a transmis l'amour de la terre et du potager. Aujourd'hui installé dans le Jura suisse, je cultive un potager naturel à plus de 900 mètres d'altitude et je partage mes expériences avec plus de 30 000 passionnés.